{"id":1070,"date":"2016-07-12T16:48:02","date_gmt":"2016-07-12T15:48:02","guid":{"rendered":"http:\/\/francophone.port.ac.uk\/?p=1070"},"modified":"2016-07-12T16:48:02","modified_gmt":"2016-07-12T15:48:02","slug":"les-archives-du-senegal-un-siecle-dhistoires-de-lafrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/?p=1070","title":{"rendered":"Les Archives du S\u00e9n\u00e9gal : un si\u00e8cle d&#8217;histoire(s) de l&#8217;Afrique"},"content":{"rendered":"<p><em>Questions \u00e0&#8230; Saliou M\u2019Baye, premier directeur Africain des Archives du S\u00e9n\u00e9gal et professeur d\u2019histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop de Dakar.<\/em><\/p>\n<p><strong>Les Archives du S\u00e9n\u00e9gal ont f\u00eat\u00e9 leur centenaire en 2013 : elles jouissent d\u2019un statut particulier et comptent parmi les plus anciennes d\u2019Afrique \u00e0 tel point qu\u2019on a pu parler de \u00abHoly Mecca\u00bb archivistique. D\u2019o\u00f9 viennent-elles et de quels fonds sont-elles exactement compos\u00e9es ?<\/strong><\/p>\n<p>Les Archives du S\u00e9n\u00e9gal sont h\u00e9riti\u00e8res du service des Archives de l\u2019AOF, cr\u00e9\u00e9 en juillet 1913 par le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral William Ponty pour \u00eatre le r\u00e9ceptacle des documents produits et re\u00e7us par les services du gouvernement g\u00e9n\u00e9ral dont le si\u00e8ge est \u00e0 Dakar. L\u2019AOF, cr\u00e9\u00e9e en 1895, compte huit territoires, \u00e0 savoir la <a href=\"http:\/\/libeafrica4.blogs.liberation.fr\/2016\/03\/20\/les-traites-aux-origines-de-la-colonisation-de-la-cote-divoire\/\">C\u00f4te d\u2019Ivoire<\/a>, le Dahomey (actuel B\u00e9nin), la Guin\u00e9e, la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), la Mauritanie, le Niger, le S\u00e9n\u00e9gal et le Soudan (actuel Mali). Il faut y ajouter le Togo de 1936 \u00e0 1946.<\/p>\n<p>Les Archives du S\u00e9n\u00e9gal comprennent principalement trois fonds : le fonds des Archives du S\u00e9n\u00e9gal colonial (1816-1958) qui a suivi le transfert de la capitale du S\u00e9n\u00e9gal de Saint-Louis \u00e0 Dakar en 1958, le fonds de l\u2019AOF (1895-1959), le fonds du S\u00e9n\u00e9gal moderne (depuis 1958). Il faut y ajouter le fonds de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re F\u00e9d\u00e9ration du Mali qui a regroup\u00e9 le S\u00e9n\u00e9gal et le Soudan (1959-1960). Il s\u2019agit de trois fonds clos et d\u2019un fonds ouvert qui s\u2019accro\u00eet \u00e0 un rythme tel que les locaux destin\u00e9s \u00e0 sa conservation sont arriv\u00e9s \u00e0 saturation. Les Archives du S\u00e9n\u00e9gal disposent \u00e9galement d\u2019une Biblioth\u00e8que administrative et historique dont l\u2019embryon est constitu\u00e9 par la Biblioth\u00e8que du gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019AOF. Le tout repr\u00e9sente environ 13 \u00e0 14 km de m\u00e9trage lin\u00e9aire.<\/p>\n<p>Les Archives du S\u00e9n\u00e9gal comptent parmi les documents les plus anciens conserv\u00e9s en Afrique de l\u2019Ouest. Elles attirent \u00e9norm\u00e9ment de chercheurs venus du monde entier parce qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pertori\u00e9es et sont accessibles.<\/p>\n<p>Pourquoi feu Enwere, archiviste national du Nigeria a pu, en parlant des Archives du S\u00e9n\u00e9gal, les pr\u00e9senter comme la \u00ab Holy Mecca \u00bb des archivistes francophones d\u2019Afrique ? C\u2019est certainement pour plusieurs raisons. La France, contrairement \u00e0 ce qu\u2019elle a fait ailleurs, notamment en Indochine, \u00e0 Madagascar ou \u00e0 Brazzaville au moment des ind\u00e9pendances, a laiss\u00e9 \u00e0 Dakar le fonds de l\u2019AOF dans son int\u00e9gralit\u00e9. C\u2019est l\u2019une des \u00ab des exceptions s\u00e9n\u00e9galaises \u00bb, le pays en comptant bien d\u2019autres. En outre, le fonds est riche et concerne tous les territoires constitutifs du groupe de l\u2019AOF qui y trouvent une bonne part des sources de leur histoire. Enfin, Dakar abrite l\u2019Ecole de Biblioth\u00e9caires, Archivistes, Documentalistes (EBAD) qui, jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, a assur\u00e9 la formation de la grande majorit\u00e9 des archivistes africains francophones qui ont \u00e9t\u00e9 tous instruits \u00e0 la pratique archivistique aux Archives du S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n<p><strong>Au lendemain des ind\u00e9pendances, que repr\u00e9sentent les Archives nationales pour <a href=\"http:\/\/libeafrica4.blogs.liberation.fr\/2015\/11\/08\/prisonniers-africains-en-frontstalag\/\">L\u00e9opold Sedar Senghor<\/a>, homme de lettres et chef d\u2019Etat ?<\/strong><\/p>\n<p>Le po\u00e8te-pr\u00e9sident L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor est un homme qui, en toutes choses, pr\u00f4nait \u00ab L\u2019organisation et la M\u00e9thode \u00bb. C\u2019est pourquoi, il a pu mener de pair sa vie d\u2019intellectuel ouvert aux choses de l\u2019esprit et celle d\u2019un <a href=\"http:\/\/libeafrica4.blogs.liberation.fr\/2014\/10\/17\/houphouet-boigny-les-big-men-et-lhistoire-de-lafrique\/\">homme d\u2019Etat<\/a> averti et actif. Il porta un int\u00e9r\u00eat constant aux Archives..<\/p>\n<p>En tant qu\u2019intellectuel, il entretenait un commerce presque quotidien avec l\u2019Archiviste national et avec les Archives. Il prenait la pr\u00e9caution d\u2019interroger d\u00e8s qu\u2019une question faisait pol\u00e9mique et tenait largement compte de l\u2019avis qui lui \u00e9tait donn\u00e9. A chaque fois qu\u2019il revenait d\u2019un voyage officiel, il prenait soin de donner aux Archives les documents et livres qui lui avaient \u00e9t\u00e9 offerts durant son s\u00e9jour. Cependant, il n\u2019h\u00e9sitait pas chaque fois que de besoin, \u00e0 les emprunter pour consultation et \u00e0 les rendre en respectant scrupuleusement les conditions du pr\u00eat. Il a aid\u00e9 les Archives \u00e0 acqu\u00e9rir des documents pr\u00e9cieux et hors de port\u00e9e du budget de l\u2019institution, d\u00e8s lors qu\u2019ils \u00e9taient susceptibles d\u2019enrichir le fonds. Il entretenait des relations personnelles avec beaucoup de chercheurs. Il aimait les Archives et honorait les archivistes.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident Senghor avait l\u2019ambition de construire un Etat moderne, convaincu qu\u2019il \u00e9tait qu\u2019aucun pays ne peut se d\u00e9velopper durablement, s\u2019il n\u2019est pas fond\u00e9 sur une bonne administration. En cela, les Archives constituaient une des pi\u00e8ces ma\u00eetresses de l\u2019architecture administrative.<\/p>\n<p>Il veillait personnellement \u00e0 ce qu\u2019elles fussent bien tenues et par du personnel de qualit\u00e9. Il veillait \u00e0 leur conservation et \u00e0 leur valorisation particuli\u00e8rement apr\u00e8s la visite qu\u2019il fit aux Archives en 1963, service directement rattach\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. Il a personnellement d\u00e9fendu aupr\u00e8s de ses pairs africains l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir le fonds de l\u2019AOF dans son int\u00e9gralit\u00e9 \u00e0 Dakar. Il versait \u00e0 la fin de chaque ann\u00e9e les dossiers ayant perdu de leur valeur courante et administrative en ayant pris soin de les accompagner du bordereau de versement et de l\u2019index des noms des personnes avec lesquelles il a entretenu de correspondances. Il savait utiliser les archives pour \u00e9tayer les droits du S\u00e9n\u00e9gal, notamment \u00e0 l\u2019occasion de revendications relatives au <a href=\"http:\/\/libeafrica4.blogs.liberation.fr\/2015\/02\/18\/la-frontiere-entre-senegal-et-gambie\/\">trac\u00e9 des fronti\u00e8res<\/a>. Il incarnait en cela une grande modernit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Vous avez \u00e9t\u00e9 le premier directeur s\u00e9n\u00e9galais, form\u00e9 \u00e0 l\u2019Ecole des Chartes, de 1977 \u00e0 2005 : quels ont \u00e9t\u00e9 les principaux enjeux auxquels vous avez \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Certes, nous \u00e9tions jeune mais nous avions la chance de b\u00e9n\u00e9ficier du soutien \u00e0 la fois de autorit\u00e9s et de notre personnel d\u00e9vou\u00e9 et engag\u00e9. Les chercheurs, d\u2019embl\u00e9e, nous ont adopt\u00e9. D\u00e8s lors, il devenait ais\u00e9 de d\u00e9rouler la politique que nous entendions mener. Il fallait faire \u00e9lever le service au rang de Direction nationale. Le pr\u00e9sident Senghor r\u00e9pondit favorablement \u00e0 notre requ\u00eate Il \u00e9tait n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9toffer le personnel. Il nous fut donn\u00e9 la possibilit\u00e9 de faire recruter chaque ann\u00e9e, l\u2019ensemble des \u00e9tudiants archivistes s\u00e9n\u00e9galais dipl\u00f4m\u00e9s de l\u2019EBAD. Nous les gardions pendant une ann\u00e9e aux Archives o\u00f9 nous les faisions travailler au classement d\u2019un fonds, sous l\u2019encadrement d\u2019archivistes exp\u00e9riment\u00e9s avant de les mettre \u00e0 la t\u00eate de services d\u2019archives soit au sein des minist\u00e8res, soit dans les r\u00e9gions. C\u2019est la naissance et le d\u00e9veloppement d\u2019une archivistique s\u00e9n\u00e9galaise faite par des archivistes form\u00e9s au m\u00eame moule et ayant une unicit\u00e9 de m\u00e9thodes au respect de laquelle veillait scrupuleusement une cellule d\u2019\u00e9tude et de suivi install\u00e9e \u00e0 la Direction des Archives \u00e0 Dakar.<\/p>\n<p>Il fallait cr\u00e9er une unit\u00e9 de reliure et de restauration. La France nous apporta sa coop\u00e9ration ; un service \u00e9ducatif et de l\u2018iconographie orient\u00e9 vers le public scolaire fut cr\u00e9\u00e9. Il fallait mettre la l\u00e9gislation au go\u00fbt du jour : le texte qui r\u00e9gissait les Archives datait de 1953 ; une loi fut adopt\u00e9e en 1981.Il fallait participer \u00e0 la formation des \u00e9tudiants. Il nous fut demand\u00e9 de dispenser des cours \u00e0 l\u2019EBAD et au D\u00e9partement d\u2019Histoire de l\u2019Universit\u00e9 de Dakar. Nous prenions \u00e9galement part aux d\u00e9bats en publiant des livres et articles dans des revues sp\u00e9cialis\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, le S\u00e9n\u00e9gal se devait d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent au plan international. Les coll\u00e8gues nous ont \u00e9lu en 1977 \u00e0 la t\u00eate de la WARBICA, la Branche qui regroupe les archivistes de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest qui venait de na\u00eetre et par voie de cons\u00e9quence nous devenions membre \u00ab ex officio \u00bb du Comit\u00e9 ex\u00e9cutif du Conseil International des Archives (CIA\/ICA) avant d\u2019en devenir membre \u00e9lu \u00e0 partir de 1984.<\/p>\n<p>La coop\u00e9ration fut entretenue et d\u00e9velopp\u00e9e avec la France qui nous apportait son concours dans tous les domaines, particuli\u00e8rement dans celui de la formation en accueillant g\u00e9n\u00e9reusement, chaque ann\u00e9e, deux archivistes s\u00e9n\u00e9galais au Stage technique International des Archives (STIA), \u00e0 Paris. Nous avons organis\u00e9 de nombreux s\u00e9minaires et colloques avec le soutien des autorit\u00e9s nationales et l\u2019appui de pays amis et d\u2019organisations internationales.<\/p>\n<p>Un <a href=\"http:\/\/libeafrica4.blogs.liberation.fr\/2015\/12\/20\/les-grandes-necropoles-contemporaines-le-palais-de-justice-de-dakar\/\">grand regret<\/a> : nous n\u2019avons pas r\u00e9ussi \u00e0 faire construire la Maison des Archives qui demeure le concentr\u00e9 des probl\u00e8mes des Archives du S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cet entretien a \u00e9t\u00e9 originellement publi\u00e9 sur <a href=\"http:\/\/libeafrica4.blogs.liberation.fr\/2016\/05\/18\/les-archives-du-senegal-un-siecle-dhistoires-de-lafrique\/\">Africa4<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Questions \u00e0&#8230; Saliou M\u2019Baye, premier directeur Africain des Archives du S\u00e9n\u00e9gal et professeur d\u2019histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop de Dakar. 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