{"id":1230,"date":"2016-12-07T10:48:35","date_gmt":"2016-12-07T10:48:35","guid":{"rendered":"http:\/\/francophone.port.ac.uk\/?p=1230"},"modified":"2016-12-08T05:26:04","modified_gmt":"2016-12-08T05:26:04","slug":"la-persistante-question-anglophone-au-cameroun-entre-heritage-linguistique-colonial-et-droits-des-minorites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/?p=1230","title":{"rendered":"La persistante question anglophone au Cameroun : entre h\u00e9ritage linguistique colonial et droits des minorit\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Dans un <a href=\"https:\/\/www.237online.com\/article-42487-cameroun--la-question-anglophone--par-achille-mbembe.html\" target=\"_blank\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?hl=en-GB&amp;q=https:\/\/www.237online.com\/article-42487-cameroun--la-question-anglophone--par-achille-mbembe.html&amp;source=gmail&amp;ust=1481235670733000&amp;usg=AFQjCNF1GDeXcJy9pGhRJCiUVG2k14Kosg\">article datant de 2005<\/a> du journal camerounais Le Messager et re-publi\u00e9 \u00e0 nouveau ce mois-ci sur 237online, Achille Mbembe arguait que les revendications des minorit\u00e9s anglophones au Cameroun \u00e9taient le r\u00e9sultat d&#8217;un mauvais leadership et d&#8217;une politique linguistique d\u00e9missionnaire, semblant ainsi rejeter tout lien avec des rapports de force historiques entre anglophones et francophones, d\u00e9coulant pour partie au moins de la colonisation europ\u00e9enne.<\/p>\n<div dir=\"ltr\">A la faveur des manifestations populaires qui ont cours depuis maintenant deux semaines dans les r\u00e9gions anglophones du Cameroun,\u00a0Patrice Nganang r\u00e9pond ici \u00e0 Achille Mbembe, et lui oppose une lecture de ces tensions et revendications bas\u00e9e sur les droits des minorit\u00e9s, notamment linguistiques, \u00e0 \u00eatre reconnues dans leur identit\u00e9 et leur pluralit\u00e9. Ce faisant, il soul\u00e8ve des questions fondamentales concernant les liens entre langue, nation et Etat, notamment en contexte post-colonial. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, Patrice Nganang nous rappelle ici que les droits des minorit\u00e9s ne peuvent \u00eatre laiss\u00e9s \u00e0 la seule charge d&#8217;une politique d&#8217;am\u00e9nagement destin\u00e9e \u00e0 &#8220;m\u00e9nager&#8221; les diff\u00e9rents groupes impliqu\u00e9s, mais exigent une r\u00e9ponse autrement plus ambitieuse engageant une soci\u00e9t\u00e9 dans toutes ses dimensions politiques et culturelles, et bas\u00e9e sur la reconnaissance de l&#8217;autre et son inclusion.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Pour m\u00e9moire, le Cameroun, ancien protectorat allemand jusqu\u2019en Janvier 1916, passe officiellement sous domination franco-britannique par le truchement d\u2019un mandat de la SDN qui partage le territoire entre la France et la Grande Bretagne en 1922. Les deux territoires vivent s\u00e9par\u00e9ment leurs exp\u00e9riences coloniales, jusqu\u2019aux ind\u00e9pendances des ann\u00e9es 1960 lorsque dans le cadre d\u2019un referendum (truqu\u00e9, selon certains experts), la partie sud du territoire britannique (Southern Cameroons) obtient son ind\u00e9pendance et choisit par vote de rejoindre la r\u00e9publique du Cameroun, la majorit\u00e9 francophone. Des revendications politiques sp\u00e9cifiques au statut des Camerounais d\u2019expression anglaise naissent aussit\u00f4t, et persistent jusqu\u2019\u00e0 nos jours de fa\u00e7on multiforme, faisant parfois \u00e9chos \u00e0 toutes les autres revendications politiques au-del\u00e0 de la sph\u00e8re linguistique.<\/div>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>*Patrice Nganang<\/strong> est n\u00e9 en 1970 au Cameroun. Il est \u00e9crivain et professeur en th\u00e9orie litt\u00e9raire et culturelle dans le D\u00e9partement d\u2019analyse et th\u00e9orie litt\u00e9raire au State University of New York, Stony Brook. Il est auteur de nombreuses publications ; entre autres \u0153uvres on peut citer : La Saison des prunes (2013), Mont Plaisant(2011), La Chanson du joggeur (2005), La Joie de vivre (2003),\u00a0 Temps de chien (2001), La Promesse des fleurs (1997) et elobi (1995) et les essais politiques comme, Contre Biya : Proc\u00e8s d\u2019un Tyran (2011), La R\u00e9publique de l\u2019Imagination (2008), Le principe du dissident (2005); les Contes comme\u00a0 :L\u2019invention du beau regard (2005), Apologie du vandale (2006).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai pris du temps pour vous \u00e9crire cette lettre parce qu\u2019il me sera toujours difficile de vous apporter la contradiction. Vingt ans de lecture assidue de vos \u0153uvres font qu\u2019elles soient dans ce bagage qui m\u2019a appris \u00e0 penser diff\u00e9remment, et \u00e0 questionner mes a\u00een\u00e9s : m\u00eame cette lettre-ci respire donc ma profonde dette envers vous. Elle en est l\u2019expression. Pourtant je me suis rendu compte, apr\u00e8s avoir lu une de vos r\u00e9centes chroniques dans le journal Le Messager, que par honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle, j\u2019avais l\u2019obligation de vous dire que vous vous trompez : de vous le dire en tant que Camerounais. C\u2019est que la lecture de votre texte sur \u2018la question anglophone\u2019 n\u2019a cess\u00e9 de me hanter, pas \u00e0 cause de la gravit\u00e9 de la question que vous abordez, mais \u00e0 cause du manque de s\u00e9rieux de votre argumentation. Mais peut-\u00eatre avez-vous voulu tout simplement provoquer le d\u00e9bat ? Si c\u2019\u00e9tait le cas, eh bien c\u2019est r\u00e9ussi. Pourtant en m\u00eame temps la d\u00e9sinvolture, je dirai d\u2019ailleurs, le d\u00e9raillement de votre argumentation sur la question anglophone, est sympt\u00f4me de toute l\u2019intelligence francophone camerounaise qui se retrouve toujours \u00e9dent\u00e9e devant ce sujet, et ne r\u00e9pond aux requ\u00eates anglophones que par le silence coupable, le sourire agace ou le violent discr\u00e9dit, et en cela, curieusement, comme vous, se range \u00e9tonnamment dans le camp du pouvoir actuel dans notre pays, qu\u2019elle combat pourtant si vivement ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand une question est mal pos\u00e9e, les r\u00e9ponses qui lui sont apport\u00e9es ne peuvent qu\u2019\u00eatre insatisfaisantes. Voil\u00e0 \u00e0 mon humble avis le probl\u00e8me de votre analyse. Car la question anglophone n\u2019est pas une question de citoyennet\u00e9 mais de droits des minorit\u00e9s. Les revendications politiques, vous le savez mieux que moi, parlent un langage bien singulier, mais dans la plupart des cas, la position extr\u00eame en leur sein, sert tactiquement \u00e0 rendre un peu plus visible le c\u0153ur du probl\u00e8me qu\u2019elles posent, et qui autrement n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 entendu. Curieux il est ici, que vous qui avez ouvert notre intelligence \u00e0 la sagesse du langage quotidien, vous fermiez dans votre analyse de la question anglophone \u00e0 cette conception des rues de Bamenda qui nous dit, \u2018those who make peaceful change impossible, make violent change inevitable\u2019, quant au fond, paraphras\u00e9e un peu, elle nous montre si clairement que la question anglophone ne se pose pas en trois voix qui s\u2019opposent, mais qu\u2019au contraire, ce sont ceux qui rendent l\u2019autonomie des provinces anglophones, et de chacune des r\u00e9gions du Cameroun impossible, cela malgr\u00e9 la cr\u00e9ation d\u2019un s\u00e9nat chez nous, qui rendent le mouvement s\u00e9cessionniste anglophone in\u00e9vitable. Curieux il est, que vous dont la logique a su, pour analyser l\u2019implantation de l\u2019UPC et la revendication d\u2019ind\u00e9pendance du Cameroun, se fondre dans la r\u00e9alit\u00e9 souple de nos vies bancales, ne pouviez pas voir, (mais le voulez-vous?), que c\u2019est la surdit\u00e9 de Yaound\u00e9 qui rend le radicalisme du Southern Cameroon National Council (SCNC) possible; que c\u2019est la politique de Biya qui lui donne les conditions de son existence; et que c\u2019est le l\u00e2che sourire d\u2019Etoudi qui a rendu m\u00eame la d\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance n\u00e9cessaire le 30 d\u00e9cembre 1999 ! C\u2019est de ce point de vue, dialectique, que la question anglophone se pose plut\u00f4t en termes d\u2019une minorit\u00e9 qui veut avoir sa voix entendue : qu\u2019elle se pose donc en termes de droits des minorit\u00e9s chez nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est fallacieux, bien s\u00fbr, de dire que revendiquer une identit\u00e9 anglophone est illogique \u00e0 cause de la bri\u00e8vet\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience coloniale qui la fonde. Nous savons tous en effet que les identit\u00e9s sont construites par des conditions politiques et sociales pr\u00e9cises. Fallacieux il est tout aussi, de croire que la question anglophone se dissoudra dans la commune mesure de la pluralit\u00e9 ethnique du Cameroun, par-del\u00e0 la division bilingue de notre pays. C\u2019est que vous, moi, nous tous avons l\u2019obligation de distinguer les minorit\u00e9s dans leur caract\u00e8re symbolique, du fait de leur existence sociale r\u00e9elle et ethnique. Si en Allemagne, par exemple, des dizaines de groupes ethniques, les bavarois, saxons, thuringiens, rh\u00e9nans, etc., tout comme une histoire bien particuli\u00e8re, ont rendu n\u00e9cessaire une vision plut\u00f4t f\u00e9d\u00e9raliste de la \u2018R\u00e9publique\u2019, les habitants de l\u2019ancienne Allemagne de l\u2019est, les \u2018Ossies\u2019, n\u2019ont eu besoin, eux, que de quarante ans, comme les anglophones de chez nous, pour se forger une diff\u00e9rence qui, sans \u00eatre ethnique, n\u2019en est pas moins devenue politique et a d\u2019ailleurs impos\u00e9 ses formes de repr\u00e9sentation et d\u2019action dans la sph\u00e8re publique ; si les Etats-Unis sont un conglom\u00e9rat de groupes, asiatiques-am\u00e9ricains, italiens-am\u00e9ricains, Chicanos, allemands-am\u00e9ricains, africains-am\u00e9ricains, etc., ce sont les Noirs qui ont entretemps acquis, de par leur exp\u00e9rience particuli\u00e8re de l\u2019exclusion, le statut de minorit\u00e9 symbole. Et le Nigeria : comment autrement entendre l\u2019\u00e9l\u00e9vation des Ogoni au-dessus des quatre cent autres ethnies de cette f\u00e9d\u00e9ration tumultueuse, sinon \u00e0 cause de leur statut symbolique ? Entendons-nous : les anglophones au Cameroun sont dans la situation singuli\u00e8re d\u2019\u00eatre li\u00e9s \u00e0 une culture qui \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire est clairement dominante, du moins par rapport au fran\u00e7ais, et de vivre en m\u00eame temps une situation ironique de domin\u00e9s dans leur propre pays. Dans ce monde \u00e0 l\u2019envers qu\u2019est le Cameroun, la majorit\u00e9 de fait devient ainsi minorit\u00e9 symbolique, comme, dans une autre \u00e9chelle, les femmes, cette autre majorit\u00e9 de fait, sont une minorit\u00e9 symbolique en politique, et trait\u00e9es comme telles en termes de droits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que vous ne vouliez pas voir ces \u00e9vidences est curieux, du moins pour moi qui ai eu l\u2019habitude de la profondeur de vos analyses. Curieux encore plus lorsque vous voyez la proximit\u00e9 du Nigeria, qui donne une force de pression r\u00e9elle, et donc un pouvoir d\u00e9riv\u00e9, \u00e0 la minorit\u00e9 anglophone au Cameroun, comme un danger pour notre R\u00e9publique, danger dont pour exprimer le vocabulaire, vous puisez dans les ranc\u0153urs entre la France et l\u2019Allemagne (\u2018ennemi naturel\u2019) qui ont co\u00fbt\u00e9 au monde trois cents ans de guerre et des millions de morts. Oui, curieux quand pour vous la solution \u00e0 la question anglophone c\u2019est autant l\u2019approche guerri\u00e8re que le renforcement par la violence de cette de R\u00e9publique-ci que nous avons, et qui a d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 sa totale faillite, justement la question anglophone ! Je dis que votre position est curieuse, car elle ne tient pas en compte le fait que les revendications anglophones sont une qu\u00eate l\u00e9gitime d\u2019une autre forme de R\u00e9publique, et donc, d\u2019une Nouvelle R\u00e9publique ; qu\u2019elles sont ainsi ancr\u00e9es dans une qu\u00eate bien ancienne, dont pour nous vous avez trac\u00e9 l\u2019histoire dans les pays bassa \u2019a et sur les plateaux bamil\u00e9k\u00e9, histoire qui pourrait sans peine remonter jusqu&#8217;\u00e0 la lointaine dissidence de Douala Manga Bell et Martin Paul Samba en 1914. Le curieux de votre analyse m\u2019oblige pourtant \u00e0 vous poser quelques questions, car vous qui avez enseign\u00e9 dans quelques-unes des universit\u00e9s les plus renomm\u00e9es de la plan\u00e8te, comment se fait-il qu\u2019\u00e0 votre pays qui n\u2019arrive d\u00e9j\u00e0 pas \u00e0 scolariser, \u00e0 nourrir et \u00e0 soigner sa jeunesse, vous proposez plut\u00f4t, pour r\u00e9soudre la question anglophone, de se constituer une arm\u00e9e de frappe et une flotte a\u00e9rienne pour terroriser ses voisins ? Est-ce pour nous faire rire ? Comment se fait-il qu\u2019\u00e0 ce pays, le n\u00f4tre, \u00e0 la paix d\u00e9j\u00e0 si fragile, vous qui avez si savamment analys\u00e9 la logique violente de notre histoire, proposez comme futur l\u2019exemple du Rwanda, ce pays meurtri et meurtrier qui n\u2019a pas encore r\u00e9pondu du g\u00e9nocide qu\u2019il a organis\u00e9 dans la RDC ? Est-ce pour nous faire pleurer ? Oui, comment se fait-il que vous qui dans les revues internationales, \u00eates reconnu comme le chantre africain de la globalisation, dans un journal de votre pays, vous proposez plut\u00f4t la culotte courte du nationalisme belliqueux ? Est-ce pour nous irriter ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment pouvez-vous vous tromper autant de fois dans un seul article ? Nous savons qu\u2019aujourd\u2019hui, la d\u00e9mocratie ne se mesure plus par la puissance de frappe qu\u2019elle met \u00e0 faire respecter sa rationalit\u00e9, car sinon alors les Etats-Unis donneraient vraiment des le\u00e7ons de d\u00e9mocratie \u00e0 la terre enti\u00e8re, mais par l\u2019urgence qu\u2019elle met \u00e0 respecter les droits des minorit\u00e9s. La France l\u2019apprend \u00e0 ses d\u00e9pens ces derniers jours : nous le voyons\u00a0! Or nous savons tous : la question anglophone est le talon d\u2019Achille de notre d\u00e9mocratie. La R\u00e9publique du Cameroun ne pourra jamais \u00e9taler sa grandeur en montrant la perfection de ses institutions, m\u00eame si celles-ci sont b\u00e2ties au bout du canon, m\u00eame si celles-ci sont b\u00e2ties sur la chair et dans le sang de nombreuses personnes ; mais c\u2019est le support qu\u2019elle apporte au droit \u00e0 la diff\u00e9rence, quelle que soit la forme dans laquelle celle-ci s\u2019exprime, qui sera toujours l\u2019\u00e9talon de mesure de sa sant\u00e9 politique. Or nous savons que notre pays est gravement malade, malade de la gestion de la question anglophone ! Comment le gu\u00e9rir ? Plus que la France dont le mod\u00e8le de la R\u00e9publique semble dicter votre analyse, c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019Allemagne qui a \u00e9lu comme chanceli\u00e8re une \u2018Ossie\u2019, de cette nouvelle ethnie allemande donc, nouvelle comme les anglophones sont une nouvelle ethnie camerounaise, qui devrait nous faire r\u00e9fl\u00e9chir. Nous en avons l\u2019obligation ! Devant nos yeux, le Cameroun fabrique dans les anglophones, pas \u00e0 pas des citoyens de second ordre. Demandez donc \u00e0 chaque Camerounais s\u2019il croit qu\u2019un anglophone sera un jour pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Cameroun, et sa r\u00e9ponse sera \u00e9vidente : n\u00e9gative. J\u2019ai pos\u00e9 cette question \u00e0 Bamenda en mars 2005, \u00e0 un parterre tant francophone qu\u2019anglophone ; la r\u00e9ponse, unanime, n\u2019a pas contredit mes soup\u00e7ons. Et ceci n\u2019est qu\u2019un exemple. Or vous dont la vie s\u2019est enrichie de l\u2019exp\u00e9rience autant am\u00e9ricaine que sud-africaine, qui donc avez vu de multiples visages du destin des minorit\u00e9s, quand vous serez au Cameroun, prenez le temps de vous promener dans le Sud- et dans le Nord-Ouest. Vous verrez qu\u2019il n\u2019y a rien de plus hideux, de plus arrogant, de plus scandaleux, de plus m\u00e9prisable, car de plus b\u00eate, qu\u2019un francophone, quand il est \u00e0 Limbe, et je suis d\u2019ailleurs s\u00fbr que vous en reviendriez d\u00e9fenseur du SCNC, comme je le suis devenu. C\u2019est qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, vu l\u2019\u00e9volution des choses, toute intelligence critique camerounaise ne peut que d\u00e9fendre la cause anglophone, et m\u00eame \u00eatre avocat du SCNC !<br \/>\nAu fond cette d\u00e9fense de la cause anglophone ne peut pas n\u2019\u00eatre qu\u2019un geste de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 : c\u2019est un devoir intellectuel de gratitude, car qui n\u2019a pas encore oubli\u00e9, mais le pouvons-nous jamais ?, que les premiers Camerounais qui ont donn\u00e9 leur vie pour la d\u00e9mocratie sont morts, en mai 1991, \u00e0 Bamenda, sait que ce sont avant tout les anglophones qui ont, en posant publiquement leur probl\u00e8me, fabriqu\u00e9 notre pr\u00e9sent. Ne nous trompons pas : la maturit\u00e9 de la d\u00e9mocratie chez nous sera atteinte, pas par l\u2019invention d\u2019une encore plus grande classe intellectuelle, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile donc, et surtout pas quand notre R\u00e9publique coupera les jarrets aux anglophones ind\u00e9pendantistes, ach\u00e8vera d\u2019emprisonner ses leaders, m\u00eame quand ils sont des vieillards comme le Chief Ayamba Ette Otun, ou alors quand elle s\u2019\u00e9lancera dans une guerre r\u00e9gionale pour satisfaire la fiert\u00e9 de quelques-uns d\u2019entre nous, mais quand elle aura b\u00e2ti des structures pour g\u00e9rer dans le dialogue les diff\u00e9rences qui font le corps de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ceci passait jusqu\u2019en 1991 par la l\u00e9galisation effective de l\u2019UPC, aujourd\u2019hui c\u2019est la reconnaissance des droits de la minorit\u00e9 anglophone qui en est la pr\u00e9cognition, et cela n\u00e9cessite en m\u00eame temps, une vision de la R\u00e9publique qui s\u2019\u00e9loigne du mod\u00e8le jacobin impos\u00e9 sur nos t\u00eates par la seule France. Et n\u2019est-ce pas ce que les anglophones nous demandent, en fin de compte ? Dans leurs voix \u00e9tranges pour certains, parfois cacophoniques, paradoxales, mais dans la majorit\u00e9 toujours tr\u00e8s paisibles et d\u00e9finitivement salutaires, ce que les anglophones revendiquent donc, et ceci, loin d\u2019\u00eatre une question, est une offre de solution au probl\u00e8me national camerounais ; ce qu\u2019ils revendiquent donc, c\u2019est d\u2019\u00eatre reconnus en leurs propres termes dans notre commune R\u00e9publique : ils revendiquent le droit minimal de tout citoyen d\u2019un Etat qui se respecte, et cela deviendra sans nul doute bient\u00f4t le seul gage pour maintenir la d\u00e9j\u00e0 si fragile paix civile dans notre pays. C\u2019est qu\u2019autant la question anglophone a aid\u00e9 en 1991 \u00e0 construire un Cameroun dans lequel aujourd\u2019hui une pluralit\u00e9 de partis politiques, dont le longtemps interdit UPC, font bataille, bref, \u00e0 d\u00e9mocratiser notre pr\u00e9sent ; autant elle peut \u00eatre au d\u00e9but de la destruction effective de notre pays dans le futur. Les mod\u00e8les \u00e9rythr\u00e9en, et m\u00eame ivoirien, seraient ici des \u00e9ventails. Plus que le silence coupable, le sourire agace ou le violent discr\u00e9dit de l\u2019intelligence francophone, c\u2019est toute notre sagacit\u00e9 qu\u2019elle interpelle, et encore plus, c\u2019est notre soutien qu\u2019elle attend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.237online.com\/article-42487-cameroun--la-question-anglophone--par-achille-mbembe.html\">Cliquez ici<\/a> pour retrouver l&#8217;article d&#8217;Achille Mbembe<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un article datant de 2005 du journal camerounais Le Messager et re-publi\u00e9 \u00e0 nouveau ce mois-ci sur 237online, Achille Mbembe arguait que les revendications des minorit\u00e9s anglophones au Cameroun \u00e9taient le r\u00e9sultat d&#8217;un mauvais leadership et d&#8217;une politique linguistique &hellip; <a href=\"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/?p=1230\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":true,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[242,243,246,189,244,245,247],"class_list":["post-1230","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blogs","tag-anglophone","tag-buea","tag-cameroun","tag-francophone","tag-minorite","tag-revendications-politiques","tag-scnc"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1230","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1230"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1230\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1240,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1230\/revisions\/1240"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1230"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1230"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1230"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}