{"id":2111,"date":"2019-01-23T09:57:24","date_gmt":"2019-01-23T09:57:24","guid":{"rendered":"http:\/\/francophone.port.ac.uk\/?p=2111"},"modified":"2019-01-23T09:57:24","modified_gmt":"2019-01-23T09:57:24","slug":"les-yalnas-et-le-probleme-de-lesclavage-au-tchad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/?p=2111","title":{"rendered":"Les Yalnas et le probl\u00e8me de l&#8217;esclavage au Tchad"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><em>Questions \u00e0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.sussex.ac.uk\/profiles\/319026\">Valerio Colosio<\/a>\u00a0qui vient de terminer \u00e0 l\u2019universit\u00e9 du Sussex (Royaume-Uni)\u00a0<a href=\"http:\/\/sro.sussex.ac.uk\/79652\/\">une th\u00e8se<\/a>\u00a0d\u2019anthropologie sur les Yalnas,\u00a0un groupe stigmatis\u00e9\u00a0au Tchad. Ce doctorat fait partie du projet\u00a0<a href=\"http:\/\/www.shadowsofslavery.org\/\">Shadows of Slavery\u00a0<\/a>financ\u00e9\u00a0par le European Research Council.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><b><strong>Qui sont les Yalnas dans la r\u00e9gion de Gu\u00e9ra au Tchad ?<\/strong><\/b><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00ab Yalnas \u00bb est un mot en arabe tchadien qui signifie \u00ab les enfants des gens \u00bb. Ce mot a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour indiquer des groupes des gens dont on ne pouvait pas bien connaitre l\u2019origine. C\u2019est un mot qu\u2019on trouve aussi en dehors du Gu\u00e9ra, en tant qu\u2019insulte, ainsi que comme d\u00e9nomination de quartiers ou villages. Georges Bruel, d\u00e9crit un quartier yalnas \u00e0 Fort Lamy (aujourd\u2019hui oubli\u00e9), tandis qu\u2019au sud il y a un quartier yalnas \u00e0 Sarh et un village appel\u00e9 Yalnasse dans le Logone Oriental. Souvent, les habitants ont oubli\u00e9 l\u2019origine de ces noms. Au Gu\u00e9ra, le lieutenant Derendinger a d\u00e9crit l\u2019origine du groupe des Yalnas de Melfi dans un petit livre publi\u00e9 en 1918 et r\u00e9cemment r\u00e9imprim\u00e9. Les Yalnas de Melfi lui ont dit d\u2019\u00eatre des descendants d\u2019anciens captifs des nomades arabes qui ont pris la fuite et se sont regroup\u00e9s pour n\u00e9gocier un accord de protection : les Arabes ont promis de ne pas les attaquer ; les Yalnas se sont engag\u00e9s \u00e0 payer un montant et ramener tous les captifs nouvellement \u00e9vad\u00e9s. On n\u2019a pas d\u2019autre histoire d\u00e9taill\u00e9e sur d\u2019autres communaut\u00e9s yalnas. L\u2019explication de Derendinger sur les Yalnas comme \u00e9tant des anciens captifs a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour tous les Yalnas, m\u00eame s\u2019il n\u2019y a pas de documents historiques qui puissent le prouver. Le gouvernement colonial a divis\u00e9\u00a0la population en cantons selon leurs langues dans les ann\u00e9es 1920 et trois cantons ont \u00e9t\u00e9 reconnus comme des cantons yalnas, deux dans la r\u00e9gion du Gu\u00e9ra et un dans la r\u00e9gion du Salamat. M\u00eame si les villages dits de Yalnas \u00e9taient \u00e9parpill\u00e9s dans la r\u00e9gion, les trois zones principales ont \u00e9t\u00e9 reconnues en tant que cantons et tous les villages des gens appel\u00e9es Yalnas ont \u00e9t\u00e9 mis sous l\u2019autorit\u00e9 de ces chefs de canton. Je n\u2019ai pas entendu parler d\u2019autres cantons yalnas en dehors de ces trois, m\u00eame si j\u2019ai entendu parler d\u2019autres villages ou quartiers yalnas dans d\u2019autres zones du pays, probablement trop petits pour disposer de leur propre chef de canton. Dans les rapports de Louis Duault, qui a r\u00e9alis\u00e9 une collection des rapports coloniaux sur le Gu\u00e9ra entre 1911 et 1935 , les personnes yalnas se distinguent d\u2019autres groupes s\u00e9dentaires locaux du moment qu\u2019ils parlent l\u2019arabe tchadien \u2013 et pas d\u2019autres langues locales \u2013 et qu\u2019ils sont musulmans, contrastant avec la plupart des populations locales, qui avaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque des cultes animistes. Les Yalnas sont d\u00e9crits comme un groupe situ\u00e9\u00a0\u00e0 moiti\u00e9 entre les nomades arabes, qui parlent l\u2019arabe tchadien et sont musulmans, mais n\u2019acceptent pas la domination coloniale et les autres groupes locaux, appel\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00ab kirdi \u00bb, pa\u00efens, de religion animiste et parlant une vari\u00e9t\u00e9 des langues locales, moins hostiles au gouvernement colonial, mais aussi moins \u00ab civilis\u00e9s \u00bb selon la politique raciale appliqu\u00e9e par le gouvernement colonial. Du moment que les administrateurs fran\u00e7ais pouvaient plus facilement communiquer en arabe tchadien et cherchaient des alli\u00e9s entre les groupes musulmans, les Yalnas ont \u00e9t\u00e9 reconnus et prot\u00e9g\u00e9s en tant que cantons, consid\u00e9r\u00e9s une \u00ab race \u00bb coop\u00e9rative, mais aussi \u00ab civilis\u00e9e \u00bb, dans les rapports que j\u2019ai trouv\u00e9s. En fait, m\u00eame si \u00ab racialis\u00e9s \u00bb par le gouvernement colonial, les Yalnas n\u2019ont pas construit une identit\u00e9 commune entre eux, mais avec le temps ont cherch\u00e9 de d\u00e9velopper des identit\u00e9s alternatives. Aujourd\u2019hui les deux vieux cantons yalnas du Gu\u00e9ra ont \u00e9t\u00e9 renomm\u00e9s et dans le seul canton yalnas existant, dans la r\u00e9gion du Salamat, les leaders locaux m\u2019ont expliqu\u00e9 que \u00ab Yalnas \u00bb est le nom du canton, mais non des gens. Selon eux, il n\u2019y a pas de personnes \u00ab yalnas \u00bb, mais cet ethnonyme a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 dans diff\u00e8rent contextes de la zone pour r\u00e9unir des gens d\u2019origine diff\u00e9rentes et pour \u00eatre reconnus par le gouvernement colonial. Dans ces r\u00e9cits, les premiers chefs des cantons \u00e9taient des guerriers qui faisaient la chasse des esclaves pour les envoyer au sultanat du Ouada\u00ef et ont accept\u00e9 la d\u00e9nomination \u00ab Yalnas \u00bb parce que les Fran\u00e7ais \u00e9taient en guerre contre le Ouada\u00ef \u00e0 l\u2019\u00e9poque, tandis que le Gu\u00e9ra \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sous contr\u00f4le fran\u00e7ais. Donc, les cantons Yalnas seraient compos\u00e9s de descendants des guerriers &#8211; ouadaiens ou arabes \u2013 qui ont accept\u00e9 l\u2019autorit\u00e9 des Fran\u00e7ais avant la capitulation du Ouada\u00ef et ont int\u00e9gr\u00e9 des gens qui avaient perdu les contacts avec leur groupe originaire. M\u00eame si la plupart des autres groupes du Gu\u00e9ra refuse cette explication et affirment que les Yalnas sont des descendants d\u2019esclaves, personne dans le Gu\u00e9ra peut r\u00e9clamer le statut d\u2019ancien maitre de Yalnas, la seule description du pass\u00e9\u00e9tant l\u2019histoire orale collect\u00e9e par le lieutenant Derindinger au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. En m\u00eame temps, les chefs des anciens cantons Yalnas reconnaissent avoir lib\u00e9r\u00e9 tous les esclaves pendant la p\u00e9riode coloniale et avoir perdu leurs traces, donc personne au Gu\u00e9ra ne reconnait une origine servile.<\/p>\n<p>By\u00a0<a class=\"fn url\" title=\"Afficher tous les articles de Vincent Hiribarren\" href=\"http:\/\/libeafrica4.blogs.liberation.fr\/auteurs\/Vincent.Hiribarren\/\" rel=\"author\">VINCENT HIRIBARREN<\/a><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><b>Read more on\u00a0<a href=\"http:\/\/libeafrica4.blogs.liberation.fr\/2019\/01\/02\/les-yalnas-au-tchad\/\">Lib\u00e9ration Africa4<\/a>\u00a0<\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Questions \u00e0\u00a0Valerio Colosio\u00a0qui vient de terminer \u00e0 l\u2019universit\u00e9 du Sussex (Royaume-Uni)\u00a0une th\u00e8se\u00a0d\u2019anthropologie sur les Yalnas,\u00a0un groupe stigmatis\u00e9\u00a0au Tchad. 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