{"id":2299,"date":"2019-07-22T10:18:00","date_gmt":"2019-07-22T09:18:00","guid":{"rendered":"http:\/\/francophone.port.ac.uk\/?p=2299"},"modified":"2019-07-22T10:18:03","modified_gmt":"2019-07-22T09:18:03","slug":"comment-la-guinee-bissau-et-la-rdc-sont-devenues-des-plateformes-internationales-de-commerce-de-la-drogue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/?p=2299","title":{"rendered":"Comment la Guin\u00e9e-Bissau et la RDC sont devenues des plateformes internationales de commerce de la drogue"},"content":{"rendered":"\n<p>Renversements de gouvernements, fragilisation des \u00e9tats, r\u00e9bellions ethniques, corruption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u2026 Le narcotrafic est impliqu\u00e9 dans presque toutes les difficult\u00e9s g\u00e9opolitiques que connaissent les gouvernements africains. Pour en faire la d\u00e9monstration, nous \u00e9tudierons trois exemples embl\u00e9matiques. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La Guin\u00e9e-Bissau, le premier des narcos-\u00c9tats africains<\/h3>\n\n\n\n<p>La Guin\u00e9e-Bissau poss\u00e8de toutes les qualit\u00e9s susceptibles d\u2019attirer les narcos sud-am\u00e9ricains. Elle se trouve \u00e0 la distance la plus courte du Venezuela et poss\u00e8de un archipel somptueux (les Bijagos) au large de Bissau, constitu\u00e9 d\u2019une myriade de petites \u00eeles pouvant facilement \u00eatre am\u00e9nag\u00e9es en ports clandestins ou en pistes d\u2019atterrissage secr\u00e8tes. Son PIB la classe parmi les pays les plus pauvres de la plan\u00e8te (vingt-deuxi\u00e8me au dernier recensement). Les forces de s\u00e9curit\u00e9 sont d\u00e9munies et peu form\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un v\u00e9ritable paradis pour cartels sud-am\u00e9ricains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, ils n\u2019ont pas tard\u00e9 \u00e0 d\u00e9barquer en force. Vers 2005, l\u2019essentiel de l\u2019attention des services de s\u00e9curit\u00e9 internationaux \u00e9tait tourn\u00e9 vers le Cap-Vert, principale base de rebond de la coca\u00efne vers l\u2019Europe. En quelques mois, Bissau a d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 Praia comme capitale des narcos, et ce, pour son plus grand malheur. Malgr\u00e9 un manque de moyens qui serait risible s\u2019il n\u2019\u00e9tait tragique, les directeurs de la police judiciaire successifs (Orlando da Silva et Lucinda Barbosa Ahukari\u00e9, que j\u2019ai eu la chance et l\u2019honneur de rencontrer) ont fait preuve, tous deux, d\u2019un courage exceptionnel en r\u00e9alisant des saisies de coke remarquables \u2013 ce qui a valu \u00e0 Orlando da Silva d\u2019\u00eatre limog\u00e9 et \u00e0 Lucinda Barbosa Ahukari\u00e9 de d\u00e9missionner en 2011 en raison de menaces graves contre sa vie et celle de ses proches. Dans ce pays en d\u00e9liquescence, les militaires ont clairement jou\u00e9 le r\u00f4le de soutien logistique aux narcos sud-am\u00e9ricains. Ils ont pourvu \u00e0 l\u2019approvisionnement en carburant des avions des trafiquants se posant dans les Bijagos ; ils ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019acheminement de la coca\u00efne jusqu\u2019\u00e0 des entrep\u00f4ts dont ils ont assur\u00e9 la garde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette implication de l\u2019arm\u00e9e dans le narcotrafic va entra\u00eener des troubles graves, difficilement imaginables en Occident. En mars 2009, le g\u00e9n\u00e9ral Tagm\u00e9 Na Wa\u00ef, chef d\u2019\u00e9tat-major des arm\u00e9es, a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 lors de l\u2019explosion d\u2019une bombe. Ses partisans, furieux, se sont rendus au domicile du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Nino Vieira, qu\u2019ils ont cribl\u00e9 de balles, puis achev\u00e9 \u00e0 la machette. Les deux victimes \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement cit\u00e9es comme \u00e9tant impliqu\u00e9es dans le trafic de coca\u00efne. Elles se seraient livr\u00e9 une guerre pour la conqu\u00eate des faveurs des Sud-Am\u00e9ricains. Certains pr\u00e9tendent m\u00eame que les deux hommes auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s \u00e0 la demande des cartels. Les deux derniers protagonistes de ces affaires ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement supprim\u00e9s. Le premier, l\u2019ancien ministre de la S\u00e9curit\u00e9 Baciro Dabo, r\u00e9guli\u00e8rement cit\u00e9 comme \u00e9tant un narco accompli, a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 par des militaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le second, le contre-amiral Bubo Na Tchuto, chef de la marine, \u00e9tait cibl\u00e9 depuis longtemps par l\u2019agence antidrogue am\u00e9ricaine, la DEA. En 2013, les agents am\u00e9ricains ont tendu un pi\u00e8ge au chef de la marine bissau-guin\u00e9enne : il aurait repris les activit\u00e9s lucratives de narcotrafic de Nino Vieira. Les Am\u00e9ricains se sont fait passer pour des membres d\u2019un cartel voulant commercer avec le chef de la marine et lui ont donn\u00e9 rendez-vous sur un yacht, en pleine mer. Il ne restait plus qu\u2019\u00e0 emballer le \u00ab colis \u00bb et l\u2019envoyer aux \u00e9tats-Unis, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 et condamn\u00e9 \u00e0 une peine bien l\u00e9g\u00e8re de quatre ans de d\u00e9tention. La modestie de la sanction et le fait que le contre-amiral a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 en octobre 2016 laissent imaginer que Bubo Na Tchuto a coop\u00e9r\u00e9 avec les f\u00e9d\u00e9raux am\u00e9ricains. \u00c0 son retour triomphal en Guin\u00e9e-Bissau, il a r\u00e9clam\u00e9 sa r\u00e9int\u00e9gration comme chef des arm\u00e9es, mais en vain. Le trafic \u00e9tait dans d\u2019autres mains.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo&nbsp; et l\u2019or vert du cannabis<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019Afrique centrale n\u2019est jamais devenue une zone de transit pour la coca\u00efne et pour l\u2019h\u00e9ro\u00efne comme l\u2019ont \u00e9t\u00e9 et le sont encore l\u2019Afrique de l\u2019Ouest et l\u2019Afrique du Sud. Cela, malgr\u00e9 la faiblesse des dispositifs de contr\u00f4le des fronti\u00e8res. En fait, il n\u2019y a aucun int\u00e9r\u00eat pour les narcos \u00e0 utiliser cette zone du continent, mal desservie au niveau a\u00e9rien et d\u00e9nu\u00e9e des infrastructures de base essentielles au trafic de stup\u00e9fiants. Il existe cependant un trafic de cannabis r\u00e9gional trouvant son origine en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et qui contribue grandement \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 chronique et meurtri\u00e8re de l\u2019Afrique centrale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019est de la RDC est gangr\u00e9n\u00e9 par des groupes arm\u00e9s incontr\u00f4l\u00e9s. Les viols de masse, la traite des enfants soldats, les trafics de min\u00e9raux et de stup\u00e9fiants maintiennent le Congo oriental dans un chaos qui profite seulement aux groupes arm\u00e9s. On citera principalement les FDLR (Forces d\u00e9mocratiques de lib\u00e9ration du Rwanda), une milice ethnique hutue n\u00e9e durant le g\u00e9nocide rwandais de 1994, g\u00e9nocide qui a provoqu\u00e9 l\u2019exil de centaines de milliers de r\u00e9fugi\u00e9s sur le territoire de l\u2019ex-Za\u00efre. Ce groupe est compos\u00e9 d\u2019anciens militaires g\u00e9nocidaires, d\u2019ex-miliciens, mais \u00e9galement de civils. Il s\u2019est implant\u00e9 dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema gr\u00e2ce \u00e0 la bienveillance de Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila. Cette passivit\u00e9 a pris fin en 2003 avec Joseph Kabila, qui a men\u00e9 plusieurs offensives contre la milice hutue. On notera que les principales zones de production du cannabis en Afrique centrale sont situ\u00e9es dans le grand nord du Nord-Kivu et dans le Sud-Kivu, zone d\u2019influence des FDLR.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un second groupe criminel, une milice nomm\u00e9e Ma\u00ef-Ma\u00ef Sheka compos\u00e9e d\u2019anciens combattants, de d\u00e9serteurs et d\u2019anciens mineurs, s\u2019est fait pour sp\u00e9cialit\u00e9 de \u00ab lib\u00e9rer \u00bb les mines qui \u00e9taient tomb\u00e9es sous le contr\u00f4le de l\u2019arm\u00e9e nationale. Mais rapidement, leur r\u00e9elle sph\u00e8re d\u2019activit\u00e9 s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e vers le viol de masse, le pillage en coupe r\u00e9gl\u00e9e, l\u2019enl\u00e8vement d\u2019enfants recrut\u00e9s pour devenir soldats et le trafic de cannabis.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Extrait du livre &#8220;Africa connection, la criminalit\u00e9 organis\u00e9e en Afrique&#8221;, sous la direction de Laurent Guillaume, publi\u00e9 aux \u00e9ditions La Manufacture de livres.<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Lien vers la boutique Amazon :&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Africa-connection-criminalite-organis%C3%A9e-Afrique\/dp\/2358874930\/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&amp;keywords=africa+connection&amp;qid=1559937208&amp;s=gateway&amp;sr=8-1\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">ICI<\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Africa-connection-criminalite-organis%C3%A9e-Afrique\/dp\/2358874930\/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&amp;keywords=africa+connection&amp;qid=1559937208&amp;s=gateway&amp;sr=8-1\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.atlantico.fr\/sites\/default\/files\/imce_upload\/user\/93941\/Africa-connection.jpg\" alt=\"\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Originally published on <a href=\"https:\/\/www.atlantico.fr\/decryptage\/3573956\/comment-la-guinee-bissau-et-la-rdc-sont-devenues-des-plateformes-internationales-de-commerce-de-la-drogue-republique-democratique-du-congo-africa-connection-cannabis-cocaine-laurent-guillaume\"><strong>Atlantico<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Renversements de gouvernements, fragilisation des \u00e9tats, r\u00e9bellions ethniques, corruption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u2026 Le narcotrafic est impliqu\u00e9 dans presque toutes les difficult\u00e9s g\u00e9opolitiques que connaissent les gouvernements africains. Pour en faire la d\u00e9monstration, nous \u00e9tudierons trois exemples embl\u00e9matiques. La Guin\u00e9e-Bissau, le premier des &hellip; <a href=\"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/?p=2299\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[508,789,792,430,791],"class_list":["post-2299","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorised","tag-afrique","tag-drogue","tag-guinee-bissau","tag-rdc","tag-trafic"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2299","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2299"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2299\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2300,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2299\/revisions\/2300"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2299"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2299"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/francophone.port.ac.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2299"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}