En Tunisie, une « insurrection électorale » contre les partis du « système »

Kaïs Saïed et Nabil Karoui, deux candidats « outsiders », arrivent en tête du premier tour du scrutin présidentiel, selon des estimations provisoires.

Une « insurrection électorale » en Tunisie ? Les électeurs tunisiens ont placé en tête du premier tour du scrutin présidentiel, dimanche 15 septembre, deux candidats « outsiders » défiant la classe politique établie, selon deux sondages de sortie des urnes. Le juriste expert en droit constitutionnel Kaïs Saïed, au discours hyperconservateur, arrive en tête avec environ 19 % des suffrages exprimés. Il devance le magnat de la télévision Nabil Karoui qui, malgré son incarcération depuis le 23 août pour « évasion fiscale », est crédité d’environ 15 %, indiquaient dimanche soir les instituts Sigma Conseil et Emrhod. L’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), qui fait office de commission électorale, devait confirmer ces résultats dans les quarante-huit heures pour qu’ils prennent une valeur officielle.

« Il s’agit d’un camouflet cinglant asséné aux partis du système », a commenté le politologue Larbi Chouikha. Les candidats de ce « système » subissent tous une cruelle déconvenue avec Abdelfattah Mourou, issu du parti islamo-conservateur Ennahda, (11 %), suivi d’Abdelkrim Zbidi (9,4 %) et de Youssef Chahed (7,5 %), respectivement ministre de la défense et chef de gouvernement. La Tunisie est gouvernée depuis 2015 par une coalition gouvernementale associant principalement les « modernistes » de Nidaa Tounès – dont une frange a ensuite fait sécession, début 2019, dans la nouvelle formation Tahya Tounès – et les islamistes d’Ennahda.

Surprise relative

L’irruption de Kaïs Saïed en tête des résultats est une surprise relative. Les sondages n’avaient cessé de le placer en seconde position derrière Nabil Karoui. Surnommé « Robocop » en raison de sa manière de s’exprimer – une diction monocorde –, Kaïs Saïed, 61 ans, n’était connu du grand public que par ses interventions très fréquentes sur les plateaux de télévision lors des débats ayant précédé l’adoption de la Constitution de 2014. « Il était un bon client des médias, précise M. Chouikha. Il débarquait instantanément sur les plateaux quand les journalistes, un peu perdus dans les questions constitutionnelles, le sollicitaient. »

Candidat atypique, dépourvu de tout appareil partisan, il s’est toutefois montré plus discret et effacé dans ses rapports avec les médias durant cette campagne pour la présidentielle. Ses moyens ont été minimaux.

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